quand nous embrassons notre terre

quand nous embrassons notre terre – Louis de Gouyon Matignon

Lorsque les Inuit me parlent de leur identité, deux éléments reviennent toujours : la langue d’abord, leur terre ensuite. Être inuit, c’est parler la langue tout en restant connecté à sa terre. Cette terre, le Nunavik, autrefois nommé le Nouveau-Québec, est le nom donné au territoire québécois situé au-delà du cinquante-cinquième parallèle nord. Faisant partie de la région du Nord-du-Québec, le Nunavik est composé de lacs sculptés par les glaciers, de toundra et de forêt boréale. Ce lien à la terre dont me parlent tant les Inuit, je l’ai compris pour la première fois lorsque je suis allé à la pêche jeudi dernier.

Je suis parti jeudi matin avec un ami en Ski-Doo (la motoneige, alliée indispensable des Inuit) à une soixantaine de kilomètres du village de Kangiqsualujjuaq chasser le Lagopède à queue blanche et pêcher l’Omble chevalier. Accompagné de mon ami, de l’une de ses sœurs et de leur mère, après presque deux heures à parcourir en Ski-Doo les forêts et montagnes environnantes, nous sommes arrivés sur une rivière gelée. Là, utilisant une perceuse à glace, plusieurs trous furent percés (des trous d’un diamètre d’à peu près trente centimètres). Ensuite, les cannes à pêches (très rudimentaires : un manche en bois, une ligne, un appât et un hameçon) furent préparées. Et là, pensant que les Inuit allaient, comme je l’avais si souvent vu à Hossegor, s’asseoir sur la glace ou leur Ski-Doo pour attendre que le poisson ne morde à l’hameçon, je fus très touché de voir que les Inuit s’allongèrent sur la neige / glace, leur visage à quelques centimètres seulement de l’eau de la rivière, pour regarder par les trous qu’ils venaient de percer s’il y avait des poissons.

Prostrés sur la neige / glace tels de futurs prêtres, ils me paraissaient embrasser le sol et leur terre, le Nunavik. Mon ami, sa sœur et leur mère étaient tous les trois allongés sur la neige / glace ; c’est une image très intense et spirituelle que je garde de ce moment privilégié. Je comprends ainsi dans la façon dont les Inuit pêchent le respect qu’ils portent à leur terre et de façon plus générale, leur connexion ou amour à la nature et ses animaux. Leur environnement fait partie de leur identité. Je comprends ainsi mieux cette réflexion d’un jeune Inuit d’une dizaine d’années :

« J’ai l’impression de ne plus être comme mes grands-parents…
– Pourquoi ?
Parce qu’avant, il y avait beaucoup de neige en automne ».

quand nous embrassons notre terre – Louis de Gouyon Matignon


quand nous embrassons notre terre – Louis de Gouyon Matignon

when we kiss our land – Louis de Gouyon Matignon

When the Inuit tell me about their identity, two elements always come back: language first, then their land. Being Inuit means speaking the language while staying connected to one’s land. This land, Nunavik, formerly known as New Quebec, is the name given to the Quebec territory located beyond the fifty-fifth parallel north. As part of the Nord-du-Québec region, Nunavik is made up of lakes carved by glaciers, tundra and boreal forest. This link to the land that Inuit tell me so much about, I understood it for the first time when I went fishing last Thursday.

I left Thursday morning with a friend on Ski-Doo (the snowmobile, indispensable ally of Inuit) about sixty kilometers from the village of Kangiqsualujjuaq to hunt the white-tailed Ptarmigan and fish for Arctic charr. Accompanied by my friend, one of his sisters and their mother, after almost two hours on Ski-Doo, we arrived on a frozen river. There, using an ice drill, several holes were drilled (holes with a diameter of about thirty centimeters). Then the fishing rods (very rudimentary: a wooden handle, a line, a bait and a hook) were prepared. And there, thinking that the Inuit were going, as I had so often seen it in Hossegor, to sit on the ice or on their Ski-Doo to wait for the fish to bite the hook, I was very touched to see that the Inuit layed on the snow / ice, their faces a few inches from the water of the river, to look through the holes they had pierced if there were fish.

Prostrated on the snow / ice like futur priests, they seemed to kiss the ground and their land, Nunavik. My friend, his sister and their mother were all three lying on the snow / ice; it is a very intense and spiritual image that I keep of this privileged moment. I understand in the way Inuit fish their respect for their land and, more generally, their connection and love of nature and animals. Their environment is part of their identity. I understand better this thought of a young Inuit of about ten years old:

I feel like I’m no longer like my grandparents
– Why ?
Because before, there was a lot of snow in autumn’.

when we kiss our land – Louis de Gouyon Matignon

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