au peuple nord-coréen, un jour, nous gagnerons

au peuple nord-coréen, un jour, nous gagnerons – Louis de Gouyon Matignon

Je m’appelle Louis de Gouyon Matignon et j’ai 26 ans. Depuis mes 16 ans, je me suis engagé dans différentes directions, auprès de peuples ou dynamiques culturelles en séparation : les Tsiganes / gens du voyage, l’Afrique, les Basques et plus récemment, la Corée du Nord. Après m’être rendu une première fois, une dizaine de jours à l’été 2016, en République populaire démocratique de Corée pour découvrir cet environnement dont le monde parle, j’ai décidé en janvier 2017 de retourner dans « le pays des Kim » pour mieux voir ce qu’il s’y passe et essayer de mieux comprendre les dynamiques politique et linguistique locales. Après avoir voyagé en avion de Paris jusqu’à Pékin, puis pris un train en direction de Pyongyang « capitale révolutionnaire », je devenais en février 2017 étudiant à l’université Kim Il-sung. Ce fut l’expérience la plus difficile de ma vie. Mon voyage au « royaume ermite » s’avérerait difficile et militaire, « une vie de caserne » pour reprendre les termes des diplomates que je rencontrerais.

Je me lèverais tous les jours à 06h30, disposerais de trente à quarante-cinq minutes d’eau chaude pour prendre une douche. Ensuite, en sortant de ma chambre, la 607, je traverserais les couloirs et escaliers de l’hôtel (vide, peu éclairé et pas chauffé) Changgwangsan (창광산호텔), pour me rendre au restaurant numéro 2 (식당) et y petit-déjeuner (la même chose tous les jours) un verre de yaourt, du pain et du thé. Ensuite, je me rendrais sur le parking de l’hôtel où un bus m’emmènera avec quelques étudiants chinois à l’université Kim Il-sung. Le trajet me permettra de découvrir la vitrine du régime et le regard méfiant, souvent agressif et parfois étonné, des Pyongyangais. En arrivant à l’université (dont les couloirs seront gelés en février et mars), j’aurais des cours particuliers de coréen avec un professeur dont le rêve était de devenir footballeur professionnel mais qui, parce que l’État en a décidé autrement, est devenu professeur de coréen. Après un ou deux cours d’une heure et demi dans une petite salle décorée des traditionnels portraits des deux leaders nord-coréens décédés, je rentrerais à l’hôtel. Là, je n’aurais pas le droit de sortir seul et, après avoir déjeuné au restaurant numéro 2, je resterais dans ma chambre à travailler mes cours ainsi qu’un dictionnaire nord-coréen que j’ai commencé à écrire en France. Le soir, après être allé dîner au restaurant numéro 2 et avoir croisé quelques businessmen chinois, je remontrais dans ma chambre, disposerais de trente à quarante-cinq minutes d’eau chaude pour prendre une douche et regarderais un peu la télévision, espérant qu’une coupure de courant ne vienne pas m’empêcher de regarder un énième documentaire sur la vie du maréchal Kim Jong-un ou un vieux téléfilm russe ou est-allemand. Malgré des conditions météorologiques très brutales (les hivers sont glacés et humides, les étés très chauds et humides), malgré le fait que j’étais surveillé par un « guide » me suivant dans tous mes déplacements, partageant mes repas et dormant dans la même chambre que moi (les étudiants chinois me diront que les guides ont pour mission de faire quotidiennement des rapports sur nos activités et nos dires), le plus difficile sera l’impossibilité d’échapper au régime ou de créer des contacts avec les Coréens. Réussissant à sortir de mon hôtel à la fin du séjour sans que mon « guide » ne le sache (ce qui me vaudra une fois d’être menacé), tous les Nord-Coréens que je croiserais ne me regarderont pas et feront, sûrement par peur, comme si je n’existais pas. Tous habillés pareils, presque coiffés pareillement, marqués par la pauvreté et la violence des conditions, ils m’apparaîtront tels des automates. Absence de musique (autre que celle à la gloire du régime diffusée dans toute la ville par des haut-parleurs), de couleur, de littérature (si ce n’est la littérature à la gloire des leaders nord-coréens), absence de contradiction en ce sens que tout m’apparaît comme une funeste pièce de théâtre où chacun obéit au rôle qu’on lui a fixé, l’absence de mouvement et de vie caractérisent Pyongyang et la Corée du Nord. Malgré un voyage assez fabuleux dans la station de ski Masikryong et quelques moments de joie avec mon « guide », notamment le moment où je lui faire découvrir Daft Punk et la musique électronique qu’il n’avait jamais entendu, je garde de ce pays l’image d’un pays totalitaire où chacun disparaît dans une uniformisation violente ; la devise du Parti du travail de Corée est d’ailleurs 일심단결 qui signifie « unité monolithique ».

Presque trois mois après mon arrivée, au regard de la pression administrative dont je suis l’objet, de l’extrême violence qui règne dans ce pays et de la tension toujours plus forte liée aux essais nucléaires et à l’avancée des forces armées américaines – USS Carl Vinson (CVN-70) – vers la Corée du Nord, je suis rapatrié en France grâce au Bureau français de coopération à Pyongyang et au personnel diplomatique français que je remercie à nouveau. Aujourd’hui, alors que certains fascinés par le régime m’attaquent au motif que je serais au service des États-Unis et du « lobby occidental » et que d’autres critiquent le dictionnaire de langue nord-coréenne que j’ai rédigé entre les mois de janvier et juin 2017 aidé de mon « guide » et d’un vieux dictionnaire acheté sur place (la langue nord-coréenne diffère de celle parlée au sud), j’espère qu’un sursaut ou événement international permettra au peuple nord-coréen de triompher du régime violent dans lequel il évolue présentement et depuis près de soixante-dix ans.

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au peuple nord-coréen, un jour, nous gagnerons – Louis de Gouyon Matignon

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